Le rhum de Guadeloupe

Ecrit par independza sur . Publié dans Gastronomie, Guadeloupe

rhum Le rhum dans toute sa diversité et sa richesse fait partie intégrante du patrimoine antillais. Son histoire reste étroitement mêlée à la culture et aux traditions de « l’île aux belles eaux », comme Christophe Colomb avait surnommé la Guadeloupe il y a cinq siècles. Il rythme la vie de tous les jours des Antillais, fait rêver, enivre savamment et parfume d’exotisme l’identité de ces îles.

De la canne au rhum

Notre route du rhum terrestre, à travers les plaines et les « mornes» (petits monts) de la Guadeloupe, passe d’abord et avant tout par l’incontournable Musée du Rhum de la commune de Sainte Rose. Cette structure qui accueille quelques 100 000 visiteurs chaque année, met en scène trois siècles d’histoire de la canne à sucre, et constitue une superbe vitrine qui restitue l’héritage guadeloupéen lié à l’histoire du rhum. C’est seulement en 1638 que la canne à sucre, venue probablement des îles Canaries, a été introduite aux Antilles françaises. Autrefois appelée taffia par les esclaves noirs, rum par les Anglais, guildive par les Français, le rhum a une histoire qui se confond avec les débuts de la colonisation de l’Amérique du Sud et s’inscrit dans le contexte douloureux de la traite esclavagiste et du commerce triangulaire. Au XVIIème siècle, des émigrants juifs venus du Brésil, fuyant la persécution, vont faire une escale de plusieurs années en Guadeloupe et y faire connaître le secret de la fabrication du sucre de canne et du rhum. Cet alcool est classé dans la catégorie des eaux de vie c’est-à-dire qu’il est un cocktail d’alcool et d’eau contenant une certaine proportion de substances aromatiques et aussi d’impuretés qui lui confèrent son goût et son parfum caractéristiques. On distingue deux grandes catégories de rhums : le rhum industriel, qui représente 90% de la production mondiale. Il est produit à partir de la mélasse, un résidu obtenu après l’extraction du sucre. (On le boit, certes, mais on l’utilise surtout en cuisine et en pâtisserie) ; et le rhum agricole, le nec plus ultra, concocté lui à partir de la fermentation du pur jus de canne frais aux subtiles et irremplaçables senteurs herbacées . C’est, après le blocus continental des Anglais, au temps de Napoléon, qui força la Métropole à utiliser un sucre de substitution provenant de la betterave, que les sucreries des Antilles en « chômage technique » durent se reconvertir, bon gré mal gré, en distilleries rhumières. Les rhums agricoles (issus du pur jus de canne à sucre) des Antilles ont conquis la Métropole au début du XXème siècle, suite à la crise du phylloxéra et aux ravages de l’oïdium dans les vignes. Au chevet du jus de canne fermenté et cloîtré en fût de chêne, le temps, suspendu, s’endort et peut-être cessons-nous, pour un moment, de vieillir ?… Ici, on amasse pour le présent et l’avenir, on besogne pour du- rer en se flattant de concocter un rhum qui n’a rien d’industriel, un nectar pur de toute mésalliance, histoire de constituer une réserve sans cesse renouvelée que le temps ne parvient jamais à épuiser. Jadis les habitations sucrières étaient de véritables petites sociétés autarciques, les tournées du « gé-reur » sur les habitations se faisaient au pas du cheval. Et surtout, selon le principe cher à Lavoisier : « R/ew ne se perd, tout se transforme », on récupérait la bagasse, ce résidu de la canne à sucre broyée, pour alimenter les chaudières. Dans les cinq distilleries encore en activité aujourd’hui sur l’Archipel de la Guadeloupe, le rythme du labeur incessant se plie toujours à la convenance du rhum qui aime la lente maturation au fil du temps qui passe. La distillerie Reimonenq a été fondée en 1916 sur cent hectares de cannes appartenant à la commune de Sainte Rose en Guadeloupe, par trois associés, Fernand Reimonenq, père de l’actuel propriétaire Léopold, son frère Joseph et un certain M. Bon qui dirigeait l’usine voisine de Courcelles. En 1969, la distillerie part en fumée à la suite d’un court-circuit. Léopold qui avait repris en 1959 la gestion des établissements Bellevue-Reimonenq et sa femme Christiane vont, au prix d’un labeur acharné, la reconstruire et la moderniser afin d’obtenir de meilleurs rendements, mais aussi de l’adapter aux contraintes de la législations il y a soixante ans, le travail de rhumier du temps de mon père, ça n’avait rien à voir avec aujourd’hui… Depuis, les techniques scientifiques sont venues s’adjoindre à la tradition et au process artisanal , mais elles nous ont conforté dans notre ambition de toujours mieux faire. D’ailleurs, depuis 1995, tous nos rhums vieux ont reçu des médailles, car de l’avis des spécialistes, le rhum à mélasse de type industriel n’a pas du tout la même valeur gustative que le rhum agricole que nous fabriquons avec le plus grand soin et certains petits secrets… », déclare Léopold, fier de la double colonne à quatre fonctions « unique en caraïbe et peut-être dans le monde », qu’il a inventée avec des ingénieurs. Ce maître rhumier s’appuie sur plus de vingt ans de recherches et d’analyses avec l’INRA, brandit la tra-çabilité de ses produits plusieurs fois médaillés et maîtrise désormais la qualité de ses rhums grâce à des analyses en laboratoire agréé. En 1989, les ouvriers de la distillerie Reimonenq construisent les murs du musée tandis que la famille de Léopold Reimonenq s’occupent de l’agencement et de la décoration intérieure. Mais dans la nuit du 18 au 19 septembre le cyclone Hugo ayant ses humeurs fait littéralement exploser le toit du musée. Le musée ne sera ouvert finalement qu’en mars 1990, plus d’une année plus tard, il a fêté en mars 2010 son 20ème anniversaire. Dans ce musée patrimoine, le visiteur peut admirer aussi l’atelier du tonnelier reconstitué en l’état, la sucrote où se confectionnait le sucre au XVIlème siècle, l’ambic « zombi » en cuivre qui distillait l’alcool de contrebande ainsi que des outils d’époque, des documents anciens et des gravures qui nous font voyager dans les siècles passés et caressent notre nostalgie…

Mots-clefs : ,